9 Nivôse – Jour du Salpètre

Agenda républicain

Nonidi 9 Nivôse

Jour du Salpètre.

Nonidi 9, Salpètre. Ce fel neutre, est le nitre commun, appelé par les chimistes nitrate de potasse ; il est le produit de la combinaison saturée de l’acide nitrique avec la potasse. Sa saveur est fraîche ; il crystallise en prismes ; ses faces sont terminées par des pyramides dièdres ou en biseau, et souvent creusées par un canal dans toute leur longueur.

Le nitre existe en grande quantité dans la nature ; il se forme journellement dans les lieux habités par les animaux, dans les étables, dans les latrines: comme la présence de la craie et d’un sel acide quelconque, facilitent sa formation, on le trouve abondamment sur les murs de lâtre abrités de la pluie ; on l’apelle alors salpète ou nitre de houssage, et les vieux plâtras en contiennent une grande quantité. Il se produit aussi abondamment dans les matières animales putréfiées. C’est ainsi que l’on forme des nitrières artificielles ; quand la putréfaction est assez avancée, on lessive cette matière pour en extraire le nitre. C’est donc ou par le houssage, ou par les nitrières artificielles, ou en lessivant les vieux plâtras, qu’on obtient le nitre. Le salpétrier le fait dissoudre et crystalliser trois fois pour le purifier. Les chimiftes et les pharmaciens font encore subir à ce nitre après la troisième cuite, de nouvelles dissolutions et des crystallisations. Ils sont alors certains de l’avoir bien pur.

Le nitre purifié par trois cuites, est celui qu’on employe dans les arts. Mis sur le feu, il fuse ; mais si on y mêle une substance combustible, il produit une flamme vive accompagnée d’une espèce de décrépitation, il détonne. Telle est la théorie de la fabrication de la poudre à canon, à laquelle on ajoute du soufre pour allumer plus promptement ce mélange. Cent livres de poudre à canon d’Essonne près Corbeil, contiennent soixante-quinze livres de nitre ; neuf livres et demie de soufre et quinze livres de charbon. On triture pendant dix à douze heures ce mélange dans des mortiers de bois avec des pilons de la même matière ; on y ajoute peu à peu une petite quantité d’eau ; lorsque le mouvement a évaporé presque tout ce fluide, et que la poudre mise sur une assiette de fayence, n’y laisse aucune trace d’humidité, on la porte au grainoir. Grainer la poudre, c’est la faire passer dans des cribles dont les trous sont de différentes grandeurs jusqu’à celle de la poudre à canon ; ces cribles sont mus horizontalement et en ligne droite ; on la tamise pour ôter la poussière, et on l’expose dans le séchoir aux rayons du soleil du midi qu’elle reçoit à travers un vitrage. La poudre de chasse se lisse pour qu’elle ne salisse pas les mains. Cette opération a lieu en la faisant tourner dans un tonneau où elle acquiert le poli par le frottement. La poudre lisse a moins de force que la poudre à canon. En général, pour que la poudre soit bien faite, il faut que le charbon soit bien faite et le mélange bien exact. La détonation est due à la combustion du gaz hydrogène et de l’air vital ; voilà pourquoi elle a lieu dans les vaisseaux fermés, et elle emporte tous les obstacles qu’on lui oppose.

On retire encore du nitre une autre substance intéressante, mais sous une autre forme ; en le mêlant avec de la terre argilleuse, et en distillant ce mélange dans des cornues appelées cuines, sur un fourneau allongé nommé galère ; on obtient l’acide nitreux ou eau forte, dont l’ufage est si répandu pour différentes dissolutions métalliques, pour graver sur le cuivre et sur le marbre ; pour les travaux des doreurs, des chapeliers, des peintres, &c. pour brûler les excroissances charnues uni avec l’acide muriatique, on en fait l’acide nitro-muriatique, le grand dissolvant de l’or et si utile dans les essais. On fait avec l’acool et l’esprit de nitre un éther appelé Ether nitreux.

Le nitre brûlé avec différentes doses de tartre, forme des matières fondantes nommées flux, qu’on emploie pour réduire et fondre les différentes substances métalliques.

Le nitre est un médicament rafraîchissant, diurétique, antiseptique. Lorsque le sel étoit cher, on le subsituoit fouvent à son usage.

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