primidi 1 vendémiaire – Jour du raisin

Agenda républicain

primidi 1 vendémiaire

Jour du raisin.

Le raisin est le fruit de la vigne, plante grimpante qui s’élève quelquefois à la hauteur d’un arbre. Sa tige tortue couverte d’une écorce rougeâtre et crevassée porte plusieurs sarments longs qui s’attachent par des vrilles aux arbres voisins. Ses feuilles sont larges et découpées ; de leurs aisselles naissent des fleurs composées de cinq pétales, disposées en rond, de couleur jaunâtre, avec autant d’étamines droites à sommet simple. Il leur succède des baies rondes ou ovales serrées les unes contre les autres, et qui en murissant prennent une couleur blanche ou plus ou moins rouge.

La vigne a été portée d’Asie en Europe par les Phéniciens d’abord dans les isles de l’Archipel, ensuite dans la Grèce et dans l’Italie. Ce fut pour conquérir un pays qui produisoit un végétal si précieux que les Gaulois attaquèrent les Romains, et ils en répandirent l’usage sur toute la partie Septentrionale de l’Europe où il put réussir.

Cette plante ne se trouve que dans les climats chauds ou tempérés. On la reproduit de bouture ou de marcotte dans une terre légère et caillouteuse, en alignant, les ceps au cordeau, et les espaçant de manière que le soleil de midi puisse facilement les échauffer. Le vigneron taille sa vigne ou avant l’hiver ou dans le cours de Pluviôse. Il lui donne ensuite avec la houe, dans le cours de Ventôse, le premier labour, appelé la houerie : à cette époque la sève travaille et monte dans le cep. Sa surabondance se secrète en une liqueur visqueuse qu’on nomme larmes ou pleurs de la vigne. Ces larmes ont souvent servi aux moines pour abuser de la pieuse crédulité des hommes simples. En plaçant l’extrémité d’un sarment de vigne dans les yeux forés d’un christ d’une madone ou d’un Saint, ils faisaient croire que ces images pleuraient des crimes des pécheurs, et qu’il fallait apaiser le ciel par de nouvelles offrandes. C’est la suite de cette superstition, et l’analogie du mot larme qui fait encore recueillir à quelques vieilles femmes les pleurs de la vigne pour guérir les maux des yeux.

Après ce premier labour on pique les échalas.

Vers le mois Floréal la sève est dans toute sa force. La vigne jette des bourgeons nombreux ; on enlève avec soin ceux qui sont inutiles, on l’ébourgeonne. Les feuilles poussent avec abondance, elles sont destinées à défendre bientôt la fleur et le fruit. Ces feuilles servent à envelopper les fruits que l’on serre dans des paniers pour empêcher leur contact. On les emploie aussi à garantir du feu différent comestible pendant leur cuisson, et elles se mangent avec eux. Les artistes en ont fait un bien ridicule usage pour couvrir la nudité des statues. La forme agréable de ces feuilles terminées par des vrilles, les a fait employer plus utilement par eux pour toutes sortes de moulures et d’ornements, appelés pampres. Ils en parent la tête de Bacchus et de ses suivants et le Thyrse dont ils les ont armés n’est autre chose que l’échalas entouré d’un sarment, garni de ses feuilles, et terminé d’un côté par une pointe de fer, et de l’autre par un cône de pin.

Avant l’apparition de la fleur vers la fin du même mois on donne le binage, second labour qui n’est qu’un véritable Sarclage. On lie la vigne à l’échalas avec des brins d’osier. La fleur parait dans les cours de Floréal, et elle passe bientôt. On rogne la vigne pour en retrancher les feuilles inutiles et surtout les vrilles, ces vrilles plaisent par leur goût légèrement acide à quelques personnes. Quand les pétales de la fleur sont tombés, le germe qui leur est inférieur grossit, on dit que le fruit se noue ; bientôt il a déjà la forme du raisin sans en avoir la maturité. On le nomme alors verjus à cause de sa saveur verte aigrelette ; on en fait des glaces, des sorbets, des liqueurs, des confitures ; on en assaisonne différents ragouts, on l’exprime aussi pour en conserver le suc dans des bouteilles.

On tierce alors la vigne, c’est-à-dire, qu’on lui donne le troisième labour ; le raisin murit, et dans le cours de Vendémiaire on le vendange quelquefois, mais rarement, après lui avoir donné un quatrième labour appelé quartage.

Le grand art du vigneron consiste donc à savoir planter, tailler, labourer, biner, tiercer, sa vigne, à l’ébourgeonner et à la rogner convenablement ; mais elle exige encore d’autres soins particuliers pour la garantir des maladies qui l’attaquent, l’ortiage, la galle, et la coulure.

Il faut aussi la défendre des oiseaux en élevant sur des perches des choses capables de les effaroucher ; des limaçons et des larves des hannetons, et de quelques espèces de chrysomeles, et de cryptocephales, insectes vulgairement appelés urbecs et coupe-bourgeons qui les dévorent : malgré tous ces soins, la gelée, la pluie et la grèle détruisent souvent l’espérance du cultivateur.

Outre sa propriété fermentescible, le raisin est au nombre des meilleurs fruits comestibles. Il est d’un excellent goût, et plus doux dans les pays méridionaux que dans les pays septentrionaux. Celui qu’on destine à la table, croît sur des treilles ou des espaliers au-lieu d’échalas ; comme ses rameaux s’étendent beaucoup, on en forme des réduits impénétrables au soleil. On en compte plusieurs variétés, le muscat, le chasselas, etc, etc.

On conserve long-tems le raisin dans des lieux clos et secs appelés fruitiers. On le prépare de différentes manières, cuit avec du vin et des poires il fait une espèce de confiture nommée raisinet. Dans quelques pays on le sèche au four ; c’est de Corinthe que nous vient cette méthode ; on l’entasse dans des corbeilles, et dans cet état plusieurs peuples l’emploient dans des gâteaux et dans différents mets.

Quoique la vigne ne vienne dans nos contrées que plantée ou de bouture, un particulier est parvenu à l’obtenir d’une bonne qualité en la semant. Ces essais mériteraient d’être recommencés.

On sait en Italie retirer par expression, des pépins de raisins, une huile qui sert à brûler. On a tenté les mêmes expériences à Paris ; elles ont réussi ; mais le produit ne surpasse pas assez la dépend pour que cette huile puisse entrer dans le commerce.

Les peuples qui cultivent la vigne ont toujours vanité de la possession d’un végétal si précieux. On voit une grappe de raisin sur les monnaies des anciennes villes de Grèce, dont les vignobles ont été célèbres.

On donne improprement le nom de vigne à des plantes d’ornement d’un genre bien différent, telles que la vigne de Judée, espèce de solanum nommée douce amère ; la vigne blanche, nom donné à la Brione. Toutes ces dénominations qui ne sont propres qu’à confondre les idées doivent être abandonnées.

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