7 vendémiaire – Jour de la carotte

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septidi 7 vendémiaire

Jour de la carotte.

Septidi 7, Carotte. La carotte est une plante culinaire de la famille des Ombellifères, c’est-à-dire, des plantes disposées en parasol. Ses feuilles sont vertes, grandes et profondément découpées, sa tige ronde est chargée à son sommet d’ombelles, qui portent des fleurs inégales et échancrées, leur réceptacle devient un petit fruit velu et rude, au toucher, renfermant deux semences. La carotte croît spontanément dans les prés et dans les lieux sablonneux ; mais sa racine n’est bonne que quand elle est cultivée : cette racine est grosse, longue, charnue, facile à rompre, d’un goût douceâtre et d’un jaune plus ou moins foncé, selon les différentes variétés. Elle entre dans la soupe et dans l’assaisonnement de plusieurs mets ; elle est diurétique, surtout quand elle a fermenté avec la bière.

Cette racine préparée fournit une fécule, comme toutes celles de la même nature. Margraff en a retiré du sucre mais en trop petite quantité, pour que cette extraction puisse être utile.

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sextidi 6 vendémiaire – Jour de la balsamine

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sextidi 6 vendémiaire

Jour de la basalmine.

La balsamine est une plante cultivée en automne ; des feuilles sont d’un beau vert et légèrement crénelées, ses fleurs son en entonnoir, d’un beau rouge et panachées, un fruit en forme de poire leur succède. Il est composé de pièces assemblées comme les douves d’un tonneau ; quand il est mûr et qu’on y touche, une des pièces se détache, les autres, par une force élastique, se roulent sur elles-mêmes et lancent au loin les graines : c’est un de ces moyens si multipliés, dont la nature se sert pour répandre certaines plantes ; il a fait nommer en latin cette plante impatiens, impatiente ; il y en a une espèce à fleurs jaunes qu’on appelle pour la même raison ne me touche pas, noli me tangere.

Les Turcs se servent de la fleur de la Balsamine, infusée dans l’eau, pour se laver et teindre leurs ongles et leurs cheveux d’un jaune de safran.

Nous la cultivons pour l’ornement, dans les parterres.

quintidi 5 vendémiaire – Jour du Cheval

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quintidi 5 vendémiaire

Jour du Cheval.

Quintidi 5, CHEVAL. Le cheval est un mammifère, on appelle ainsi tous les animaux à mamelles, parce que le mot quadrupède, pourrait aussi convenir au lézard et au crapaud, qui sont également quadrupèdes, quoique ces animaux soient rangés dans une classe bien différente. Le cheval forme un genre parmi les mammifères solipèdes. On réunit sous ce genre plusieurs espèces : l’âne, le zèbre donc je parlerai bientôt. Il existe encore quelques chevaux sauvages chez les Tartares Monguls, mais cette animal est si utile que sa domesticité remonte à la plus haute antiquité ; on trouve cependant quelques races domestiques, redevenues sauvages et indomptables.

La forme du cheval est connue de tout le monde, il est entre tous les mammifères un modèle de force et de beauté. La connaissance de ses qualités et de ses imperfections, celle de soigner ses maladies, de le conserver en santé, constituent sous le nom d’Hippiatrique, un art sur lequel on a composé un grand nombre de traités.

Le cheval est herbivore, on le nourrit avec du foin et des semences de graminées. La force de ses dents antérieures, qui sont tronquées et aplaties comme celles des ruminants lui permet de broyer ces substances. La jument porte son poulain pendant 290 jours. Les degrés successifs de l’accroissement des dents antérieures indiquent son âge pendant les huit premières années de sa vie ; passé ce tems ; il est hors d’âge, il ne marque plus, mais il peut rendre encore longtemps d’importants services, puisqu’il vit ordinairement vingt à vingt-cinq ans, et quelquefois plus de trente. Il est facile à blesser dans l’oreille, dans la sole et à la pointe du nez. Quelques insectes, tels que les taons, les conops et les mouches appelées stomoxes le tourmentent vivement malgré sa promptitude et sa dextérité à les chasser avec sa queue.

Le cheval dort beaucoup moins que l’homme, et souvent debout ou sur sa litière. On établit pour le reproduire et conserver les races des lieux où on réunit un grand nombre de juments ; on appelle ces établissements Haras ; leur conduite exige beaucoup des connaissances particulières.

C’est surtout pour la course et l’équitation que le cheval est considéré. La plus belle conquête que l’homme ait faite, est celle de ce superbe et fougueux animal, qui partage avec lui les fatigues de la chasse, les périls et la gloire des combats. Les anciens ont cru ne pouvoir mieux exprimer cette parfaite union de l’homme et du cheval que par la fable des Centaures, espèce de créature moitié homme, moitié cheval. Les poètes ont dit que Neptune disputant le prix de l’utilité avec Minerve, l’avait fait sortir de la terre d’un coup de son trident. Le talent de le dompter, de le dresser, de le conduire, enfin de le ménager est devenu un art, connu sous le nom d’équitation. Les différents pas du cheval, tels que le pas, le trot, le galop, l’amble, l’entrepas, composent ce qu’on appelle son allure.

Cet animal généreux et superbe, a la sole ou corne du pied assez délicate, les pointes les plus légères la pénètrent et produisent dans la chair des blessures très dangereuses ; il faut, pour garantir cette sole, destinée à défendre sa chair, la ferrer, et c’est l’emploi du maréchal.

Le cheval est si rapide à la course qu’on a vu des coureurs Anglais, traverser un espace de 82 pieds et demi de cette nation, en deux secondes. Ces courses étaient devenues en France un objet d’amusement, dédaigné aujourd’hui. Sous un régime où l’on ne doit considérer les choses que dans le rapport de leur utilité, nous aimons le cheval pour les commodités qu’il procure et surtout pour les ressources qu’il offre contre les infâmes ennemis de la république et de la liberté.

Le cheval partage avec le bœuf la culture des terres et le transport des charrois.

Les tartares mangent la chair du cheval ; elle était la nourriture de nos braves républicains pendant le siège de Mayence et de Condé. Le lait de jument ressemble assez au lait d’ânesse, les Tartares ont fait aigrir, et c’est leur boisson favorite, ils retirent de ce lait aigri un esprit ardent qui a les qualités de l’eau-de-vie. On dit la moelle du cheval utile dans les affections rhumatismales, mais cette propriété lui est commune avec toutes les graisses.

Le cheval mort est porté à l’écorcheur ; sa chair repaît les chiens, les loups, les corbeaux, les dermestes et tous les animaux carnassiers qui ont bientôt délivré la terre d’une charogne qui finiroit par infecter le pays par sa putridité. Les tanneurs préparent son cuir ; employé par les selliers et les bourreliers, il sert à faire les harnois. Le crin du col et de la queue sert à faire des boutons, des tamis, des toiles, des cordes, des archets d’instruments et à bourrer des selles, des sièges, des coussins et des matelas.

Le prétendu philtre appelé Hippomane par les anciens, et qu’ils plaçaient dans la tête du poulain, est une fable.

Il y a un grand nombre de variétés du cheval ; on en élève dans la plupart des départements de la république.

Les médailles de Phénicie, portent l’empreinte d’un cheval, symbole de l’estime que les Phéniciens faisaient de ces animaux ; les cavaliers Numides étaient en effet très célèbres.

quartidi 4 vendémiaire – Jour du Cochique

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quartidi 4 vendémiaire

Jour du Cochique.

Le Colchique est une plante automnal appelée pour cette raison colchique d’automne ; sa racine tubéreuse est remplie d’un suc laiteux : il s’en élève quatre tuyaux grêles, épanouis vers le haut, d’une couleur grise, purpurine et panachée : les fleurs paraissent au commencement de l’Equinoxe, elles se fanent promptement. Il leur succède des feuilles assez semblables à celles du lys ; leur fruit allongé et triangulaire est rempli de petites semences noirâtres et arrondies.

Cette plante dont le nom vient de ce qu’elle est très-commune dans la Mingrelie, autrefois la Colchide, aime les prairies basses qu’elle tapisse agréablement, mais sa forme est trompeuse ; son odeur est nauséabonde.  Prise intérieurement, c’est un poison violent. Quelques médecins célèbres ont accrédité une ridicule superstition en recommandant de la porter au col comme une amulette contre la peste.  Storch qui a tant travaillé sur les poisons, est parvenu à faire avec cette plante oximel qu’on a beaucoup vanté contre l’hidropysie et qui cependant est très-peu employé.

Si le colchique est un poison pour les hommes, il n’est pas plus salubre pour les animaux ; tous les bestiaux le laissent intact dans les prairies, le cheval seul le mange sans danger, c’est ainsi que la nature, en rendant les mêmes végétaux salubres pour quelques animaux et vénéneux pour d’autres, leur ménage à tous une nourriture certaine, qui pourrait leur manquer, si tous avoient la même conformation d’estomac, le même goût et le même appétit.

tridi 3 vendémiaire – Jour de la Châtaigne

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tridi 3 vendémiaire

Jour de la Châtaigne.

Tridi 3, Châtaigne. La châtaigne est la graine du châtaignier, grand et gros arbre qui croît naturellement dans les climats tempérés de l’Europe. Son tronc est ordinairement très-gros, son écorce lisse et tachetée tire sur le gris. Ses feuilles longues de quatre à cinq pouces, sont dentelées sur les bords. Ses fleurs mâles sont des chatons composés d’étamines et croissent sur le même individu, mais séparées des fleurs femelles ; celles-ci qui ont une odeur fade et nauséabonde sont formées par un calice au milieu duquel le pistil est placé. Le réceptacle se change en un fruit épineux qui se fend quand il est mûr, et laisse échapper des semences qu’on appelle châtaigne.

On cultive avec succès le châtaigner dans les départements d’Indre et Loire, de la Haute-Vienne, de l’Isère, et de la Nièvre. Il forme de très-belles futaies. Cet arbre est fort utile pour la nourriture des hommes et des animaux, et pour les arts.

Son bois est très-solide, il pétille dans le feu, et rend peu de chaleur ; son charbon s’éteint facilement ; ses cendres tachent le linge et ne valent rien pour la lessive. Le bois est presqu’incorruptible. Les insectes le respectent plus qu’aucun autre, aussi est-il excellent pour la charpente, celle des beaux et anciens édifices en sont presque toutes formées. On fait avec le bois de châtaignier qui est blanc et d’une dureté médiocre de très-beaux ouvrages de menuiserie ; on s’en sert aussi pour la sculpture ; quand il n’est encore qu’en taillis, on en fait d’excellents cerceaux et des futailles parfaites.

La semence du châtaignier que l’on prend improprement pour son fruit est de la plus grande utilité. Le climat contribue à sa qualité et à sa grosseur. Les châtaignes du Portugal sont plus grosses, celles d’Angleterre plus petites. Elles sont la nourriture d’un grand nombre des habitants de nos montagnes, principalement de ceux des Cévennes. Ils les font sécher sur des claies au moyen du feu, et les conservent ainsi tout l’hiver. Ils les préparent ensuite de différentes manières ; après les avoir pelées, ils les font moudre et les réduisent en fécule pour en faire du pain qu’ils pétrissent avec du lait. Les habitants du département de la Haute Vienne, après avoir séché les châtaignes, les broient et en font une bouillie avec du lait. Dans tous les départements méridionaux, on donne aux châtaignes un goût sucré, en leur faisant prendre, avant de les sécher, un commencement de germination ; dans cet état elles ne diffèrent guère du bled germé, ce qui donne à présumer qu’on en pourrait faire de la bière. Les châtaignes se mangent aussi rôties, ou bouillies dans l’eau, ou avec du lait. On en donne aux bestiaux et à la volaille. Le fruit épineux qui enveloppe cette utile semence, se jette avec d’autres parties de végétaux, dans la fosse au fumier, ou se brûle avec les feuilles, et sert à féconder les terres. On confond souvent le châtaignier avec le marronnier d’Inde, à cause du rapport de leur fruit, mais il y a entre eux une grande différence ; le châtaignier appartient au genre de hêtre appelé en latin fagus ; le marronnier est le châtaignier greffé. Le marronnier d’Inde qu’on, ne cultive que pour l’ornement, n’a de commun avec ces deux arbres que le nom vulgaire qui lui a été très improprement assigné.

duodi 2 vendémiaire – Jour du safran.

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duodi 2 vendémiaire

Jour du safran.

Duodi, Safran. Le safran est une plante liliacée dont la racine est tubéreuse, et à-peu-près de la grosseur d’une aveline ; il s’en élève cinq à huit feuilles longues de six à huit pouces très-étroites et d’un vert foncé ; de ces feuilles sort une tige courte qui soutient une fleur d’une seule pièce partagée en six divisions ; du fond de la fleur sortent trois étamines dont les anthères sont jaunâtres. Le pistil est blanchâtre, il se sépare en trois filets charnus et découpés, d’une couleur orangée très-vive. Ce sont les stigmates ; ils contiennent la substance appelée safran, et c’est pour les avoir qu’on cultive cette plante avec un si grand soin.

Pour cultiver le safran, on choisit un terrain bien uni et qu’on a laissé reposer pendant deux ans ; on le laboure vers le commencement de Floréal en traçant des sillons très serrés, et très profonds ; on le fume bien et on l’entour d’une haie fort épaisse pour écarter les bestiaux et principalement les lièvres. Au commencement de Thermidor on plante les oignons dans des trous à trois pouces de distance les uns des autres. Dans le mois Vendémiaire on sarcle les mauvaises herbes par un beau temps, de peur d’offenser les oignons, et avec la pioche on donne un troisième labour. Les terres dans lesquelles le safran se plaît le plus sont celles qui sont noires, légères, un peu sablonneuses, et les terres roussâtres.

Le champ entouré où on cultive le safran, s’appelle Safranière. Une Safranière bien ménagée peut durer trois ans, on prétend même qu’elle pourrait aller jusqu’à neuf, mais il est plus avantageux de lever les oignons de terre après leurs trois années de production. On les place dans un endroit sec, et on ne les replante pas dans la même terre ce qui l’userait trop. Elle a besoin avant, d’être bien réparée et suffisamment amendée. La première année un arpent produit, au plus, quatre livre de safran sec ; mais à la seconde, et à la troisième, il en donne jusqu’à vingt.

Quelques cultivateurs partagent en quatre parties le terrain qu’ils veulent mettre en safran afin de faire plus commodément leur récolte, parce qu’une partie fleurit pendant qu’ils dépouillent l’autre.

Les fleurs de Safran se montrent vers la fin de Vendémiaire, ou au commencement de Brumaire, et si un air un peu chaud se joint à des pluies douces, elles paraissent avec une abondance extraordinaire, et tous les matins les champs semblent couverts d’un beau tapis gris de lin. Ces fleurs ne durent qu’un ou deux jours après s’être épanouies, et, quand elles sont tombées, il naît des feuilles vertes qui subsistent pendant tout l’hiver. Elles se sèchent au printemps, et pendant l’été un champ de safran parait être une jachère.

On se hâte de récolter les fleurs soir et matin avant qu’elles soient épanouies. Cette opération dure quinze jours. Celles du matin sont plus fermes ; on les transporte par charretées dans les villages voisins où il ne croît pas de safran ; les femmes sont occupées à l’éplucher. Elles séparent adroitement le pistil de la fleur, évitant de le couper ni trop haut ni trop bas, afin de ne point laisser le blanc, et de ne point couper non plus au-dessus des divisions des stigmates. Les acheteurs redoutent surtout de trouver dans le safran des fragments de pétales, parce que ces parties qui se moisissent, lui communique une mauvaise odeur. À mesure qu’on épluche le safran, il faut le faire sécher au feu, sur des tamis de crin au-dessous desquels on met de la braise. La beauté du safran dépend de la manière dont il est séché. Quand il est bien sec on le serre dans des papiers et dans des boîtes. Il faut cinq livres de safran vert, pour en faire une livre de sec ; mais les marchands font quelques fois une supercherie quand ils sont près de le vendre, ils le mettent à la cave pour en augmenter le poids. Le safran était fort cher autrefois, il a bien diminué de prix.

Le safran n’est donc que les stigmates de la fleur de ce nom desséchés. On l’employait pour saupoudrer différents aliments. Les habitants des Pays-Bas, même de l’Allemagne en font un très grand usage. On s’en sert en France pour des crèmes ; des pastilles, et on en compose une liqueur appelée scubach.

Quelques médecins ont beaucoup vanté l’usage du safran, il entre en effet dans plusieurs préparations pharmaceutiques, mais l’usage immodéré est dangereux, à moins qu’on ne s’y soit accoutumé comme font les Polonais.

Le safran fournit aux teinturiers une très-belle couleur, mais on s’en sert peu parce qu’elle est très cher et de mauvais teint ; les architectes en font usage pour laver leurs plans.

Le safran vient dans beaucoup de pays chauds ou froids, en Sicile, en Italie, en Hongrie, en Allemagne, en Angleterre, en Irlande, dans plusieurs départements de la République, principalement dans ceux du Gard, de la Seine-inférieure et dans la partie du département de Seine et Marne, appelée autrefois le Gâtinois ; celui-ci est le meilleur de l’Europe, et plus cher que tous les autres ; on l’estime autant que celui de l’Orient.

Cette plante est si intéressante par le produit qu’elle donne, et par le commerce qui s’en fait, que les Anglais ont souvent proposé des prix pour exciter l’émulation des cultivateurs et les engager à y donner toute leur attention.

On cultive dans les parterres, pour l’agrément, plusieurs variétés du safran qui croissent au printemps, celui qui entre dans le commerce, vient en automne.

primidi 1 vendémiaire – Jour du raisin

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primidi 1 vendémiaire

Jour du raisin.

Le raisin est le fruit de la vigne, plante grimpante qui s’élève quelquefois à la hauteur d’un arbre. Sa tige tortue couverte d’une écorce rougeâtre et crevassée porte plusieurs sarments longs qui s’attachent par des vrilles aux arbres voisins. Ses feuilles sont larges et découpées ; de leurs aisselles naissent des fleurs composées de cinq pétales, disposées en rond, de couleur jaunâtre, avec autant d’étamines droites à sommet simple. Il leur succède des baies rondes ou ovales serrées les unes contre les autres, et qui en murissant prennent une couleur blanche ou plus ou moins rouge.

La vigne a été portée d’Asie en Europe par les Phéniciens d’abord dans les isles de l’Archipel, ensuite dans la Grèce et dans l’Italie. Ce fut pour conquérir un pays qui produisoit un végétal si précieux que les Gaulois attaquèrent les Romains, et ils en répandirent l’usage sur toute la partie Septentrionale de l’Europe où il put réussir.

Cette plante ne se trouve que dans les climats chauds ou tempérés. On la reproduit de bouture ou de marcotte dans une terre légère et caillouteuse, en alignant, les ceps au cordeau, et les espaçant de manière que le soleil de midi puisse facilement les échauffer. Le vigneron taille sa vigne ou avant l’hiver ou dans le cours de Pluviôse. Il lui donne ensuite avec la houe, dans le cours de Ventôse, le premier labour, appelé la houerie : à cette époque la sève travaille et monte dans le cep. Sa surabondance se secrète en une liqueur visqueuse qu’on nomme larmes ou pleurs de la vigne. Ces larmes ont souvent servi aux moines pour abuser de la pieuse crédulité des hommes simples. En plaçant l’extrémité d’un sarment de vigne dans les yeux forés d’un christ d’une madone ou d’un Saint, ils faisaient croire que ces images pleuraient des crimes des pécheurs, et qu’il fallait apaiser le ciel par de nouvelles offrandes. C’est la suite de cette superstition, et l’analogie du mot larme qui fait encore recueillir à quelques vieilles femmes les pleurs de la vigne pour guérir les maux des yeux.

Après ce premier labour on pique les échalas.

Vers le mois Floréal la sève est dans toute sa force. La vigne jette des bourgeons nombreux ; on enlève avec soin ceux qui sont inutiles, on l’ébourgeonne. Les feuilles poussent avec abondance, elles sont destinées à défendre bientôt la fleur et le fruit. Ces feuilles servent à envelopper les fruits que l’on serre dans des paniers pour empêcher leur contact. On les emploie aussi à garantir du feu différent comestible pendant leur cuisson, et elles se mangent avec eux. Les artistes en ont fait un bien ridicule usage pour couvrir la nudité des statues. La forme agréable de ces feuilles terminées par des vrilles, les a fait employer plus utilement par eux pour toutes sortes de moulures et d’ornements, appelés pampres. Ils en parent la tête de Bacchus et de ses suivants et le Thyrse dont ils les ont armés n’est autre chose que l’échalas entouré d’un sarment, garni de ses feuilles, et terminé d’un côté par une pointe de fer, et de l’autre par un cône de pin.

Avant l’apparition de la fleur vers la fin du même mois on donne le binage, second labour qui n’est qu’un véritable Sarclage. On lie la vigne à l’échalas avec des brins d’osier. La fleur parait dans les cours de Floréal, et elle passe bientôt. On rogne la vigne pour en retrancher les feuilles inutiles et surtout les vrilles, ces vrilles plaisent par leur goût légèrement acide à quelques personnes. Quand les pétales de la fleur sont tombés, le germe qui leur est inférieur grossit, on dit que le fruit se noue ; bientôt il a déjà la forme du raisin sans en avoir la maturité. On le nomme alors verjus à cause de sa saveur verte aigrelette ; on en fait des glaces, des sorbets, des liqueurs, des confitures ; on en assaisonne différents ragouts, on l’exprime aussi pour en conserver le suc dans des bouteilles.

On tierce alors la vigne, c’est-à-dire, qu’on lui donne le troisième labour ; le raisin murit, et dans le cours de Vendémiaire on le vendange quelquefois, mais rarement, après lui avoir donné un quatrième labour appelé quartage.

Le grand art du vigneron consiste donc à savoir planter, tailler, labourer, biner, tiercer, sa vigne, à l’ébourgeonner et à la rogner convenablement ; mais elle exige encore d’autres soins particuliers pour la garantir des maladies qui l’attaquent, l’ortiage, la galle, et la coulure.

Il faut aussi la défendre des oiseaux en élevant sur des perches des choses capables de les effaroucher ; des limaçons et des larves des hannetons, et de quelques espèces de chrysomeles, et de cryptocephales, insectes vulgairement appelés urbecs et coupe-bourgeons qui les dévorent : malgré tous ces soins, la gelée, la pluie et la grèle détruisent souvent l’espérance du cultivateur.

Outre sa propriété fermentescible, le raisin est au nombre des meilleurs fruits comestibles. Il est d’un excellent goût, et plus doux dans les pays méridionaux que dans les pays septentrionaux. Celui qu’on destine à la table, croît sur des treilles ou des espaliers au-lieu d’échalas ; comme ses rameaux s’étendent beaucoup, on en forme des réduits impénétrables au soleil. On en compte plusieurs variétés, le muscat, le chasselas, etc, etc.

On conserve long-tems le raisin dans des lieux clos et secs appelés fruitiers. On le prépare de différentes manières, cuit avec du vin et des poires il fait une espèce de confiture nommée raisinet. Dans quelques pays on le sèche au four ; c’est de Corinthe que nous vient cette méthode ; on l’entasse dans des corbeilles, et dans cet état plusieurs peuples l’emploient dans des gâteaux et dans différents mets.

Quoique la vigne ne vienne dans nos contrées que plantée ou de bouture, un particulier est parvenu à l’obtenir d’une bonne qualité en la semant. Ces essais mériteraient d’être recommencés.

On sait en Italie retirer par expression, des pépins de raisins, une huile qui sert à brûler. On a tenté les mêmes expériences à Paris ; elles ont réussi ; mais le produit ne surpasse pas assez la dépend pour que cette huile puisse entrer dans le commerce.

Les peuples qui cultivent la vigne ont toujours vanité de la possession d’un végétal si précieux. On voit une grappe de raisin sur les monnaies des anciennes villes de Grèce, dont les vignobles ont été célèbres.

On donne improprement le nom de vigne à des plantes d’ornement d’un genre bien différent, telles que la vigne de Judée, espèce de solanum nommée douce amère ; la vigne blanche, nom donné à la Brione. Toutes ces dénominations qui ne sont propres qu’à confondre les idées doivent être abandonnées.